Les PDG gagnent 248 fois plus d’argent qu’un travailleur moyen : une minorité qui fait oublier tous les autres
Le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) a publié, comme chaque année, son rapport choc : « Les PDG gagnent 248 fois plus d’argent qu’un travailleur moyen ».
Le Journal de Québec a relayé l’information sans trop de nuances, avec les gros chiffres qui font réagir, indignent et — disons-le franchement — nourrissent encore un peu plus le réflexe facile de méfiance envers le monde des affaires.
👉 Lien vers l’article du Journal de Québec
Soyons clairs dès le départ : oui, certains salaires de PDG sont stratosphériques.
Oui, certains packages de rémunération soulèvent de vraies questions éthiques.
Oui, il est légitime de débattre du partage de la richesse, du pouvoir d’achat et des inégalités.
Mais le problème, ce n’est pas le débat.
Le problème, c’est la démagogie.
PDG fondateur vs PDG gestionnaire : comparer des pommes et des noix de Grenoble
Première nuance essentielle que le rapport du CCPA — et surtout sa médiatisation — escamote presque complètement : tous les PDG ne sont pas comparables.
Comparer :
- un PDG fondateur, qui a créé son entreprise à partir de rien, souvent sans salaire pendant des années, avec son capital, son risque personnel et sa vision;
- à un PDG gestionnaire, recruté par un conseil d’administration pour piloter une multinationale déjà rentable;
… c’est comme comparer des pommes et des noix de Grenoble.
Dans le cas de Shopify, par exemple, Tobias Lütke est à la fois fondateur, actionnaire majoritaire et PDG. Une immense partie de sa rémunération provient de la valeur de l’entreprise qu’il a créée. On peut débattre du montant, mais il faut au minimum reconnaître la nature du rôle.
1,1 million de PDG… et on parle toujours des mêmes 100
Selon Statistique Canada, le pays compte environ 1,1 million d’entreprises avec employés.
Donc, mathématiquement, 1,1 million de PDG.
Les 100 PDG cités dans le rapport du CCPA représentent donc :
👉 0,009 % des PDG au Canada
👉 La minorité de la minorité
👉 Une goutte d’eau dans l’océan entrepreneurial
Pourtant, ce sont eux qui définissent, dans l’imaginaire collectif, ce qu’est un PDG.
La réalité des PME : là où vivent vraiment les PDG canadiens
Regardons maintenant la vraie structure économique du pays :
- 605 000 entreprises (55 %) emploient entre 1 et 4 employés
- En ajoutant celles de 5 à 9 employés, on monte à 850 000 entreprises (77,3 %)
- En ajoutant celles de 10 à 19 employés, on atteint 975 000 entreprises, soit près de 90 % de toutes les entreprises canadiennes
Ces PME emploient 5,8 millions de Canadiens, soit presque la moitié de toute la main-d’œuvre du secteur privé.
Je peux vous garantir une chose :
👉 pas un seul PDG de ces 975 000 entreprises ne gagne 248 fois plus que ses employés.
Ces PDG dont on ne parle jamais
Ces PDG, ce ne sont pas des caricatures en complet-cravate à Toronto ou à New York.
Ce sont :
- le propriétaire d’une boutique de souvenirs à Gaspé;
- le PDG d’un garage à Lévis;
- la fondatrice d’un restaurant déjeuner à Saguenay;
- le patron d’un atelier de soudure à Magog.
Ces PDG :
- font face seuls au manque de main-d’œuvre, à l’inflation, à la pression réglementaire;
- travaillent le soir, la fin de semaine, remplacent des employés absents;
- se paient en dernier, quand ils se paient;
- pigent constamment dans leurs poches pour régler des urgences;
- portent un risque personnel, financier et psychologique énorme.
Ce sont aussi eux qui affichent des taux plus élevés d’épuisement professionnel, d’anxiété, de problèmes de consommation… et malheureusement, de suicide.
Le vrai dommage collatéral des rapports sensationnalistes
Dénoncer les excès d’une extrême minorité, c’est légitime.
Mais le faire sans contexte, sans nuance et sans distinction, ça a un effet pervers très réel.
La prochaine fois que ces PDG iront prendre un café au coin de la rue, ils entendront encore — grâce à ce genre de rapport — que « les PDG, c’est tous des crosseurs ».
Et ça, ce n’est ni juste, ni utile, ni honnête.
En conclusion
Oui, débattons des inégalités.
Oui, questionnons certaines rémunérations.
Mais cessons de salir collectivement ceux qui, au quotidien, tiennent à bout de bras l’économie réelle du pays.
Parce que le vrai visage du PDG canadien, ce n’est pas celui des palmarès…
c’est celui des PME.
Sur ce, je vous souhaite une bonne et heureuse année 🥳
Références
- Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), Executive Compensation Report (rapport annuel)👉 https://www.policyalternatives.ca
- Article du Journal de Québec :👉 https://www.journaldequebec.com/2026/01/02/les-pdg-gagnent-248-fois-plus-dargent-quun-travailleur-moyen