Québec, championne des grèves : le modèle interventionniste est-il à bout de souffle?
Depuis deux ans, le Québec connaît une intensité de conflits de travail jamais vue depuis les années 70. En 2023 et 2024, plus de 91 % des arrêts de travail au pays sont survenus chez nous. Et dans 87 % des cas, il s’agissait de conflits dans le secteur public. Santé, éducation, services sociaux : tout y passe!
Ce triste record force une réflexion sur le modèle québécois d’intervention de l’État. Longtemps présenté comme protecteur et garant d’équité sociale, il semble aujourd’hui s’engorger sous son propre poids.
Une intervention qui empire les symptômes
Le projet de loi 89, proposé par le gouvernement Legault, voulait assurer le maintien de services essentiels en cas de grève. Problème : il exclut justement les secteurs qui en font le plus — la santé et l’éducation.
L’Institut économique de Montréal (IEDM) dénonce ce qu’il appelle une « complaisance chronique » envers les syndicats. Ceux-ci, de leur côté, défendent un droit de grève constitutionnel et rappellent que l’État est souvent un négociateur de mauvaise foi.
Mais au-delà de cette joute politique, le cœur du problème demeure : le recours systématique à des lois spéciales et à des mesures d’urgence remplace le dialogue. L’État devient pompier… d’un feu qu’il alimente lui-même.
Le poids d’un héritage historique
Ce modèle d’État fort ne sort pas de nulle part. Depuis la Révolution tranquille, le Québec a misé sur un État-providence interventionniste pour encadrer l’économie et les services sociaux. Une réponse à des décennies de laisser-faire.
Mais aujourd’hui, ce même État négocie avec lui-même : il est à la fois juge, partie, employeur et arbitre. Et les mécanismes se grippent. L’autorité morale qu’il possédait s’érode à chaque nouvelle grève. Même les chiffres le montrent :
- 691 grèves en 2023
- 759 en 2024 (record absolu depuis 1974)
Un système à bout de souffle
Les conséquences sont concrètes : retards scolaires, soins reportés, climat social délétère. Pendant ce temps, le dialogue social est remplacé par des rapports de force, et le citoyen devient otage d’un bras de fer idéologique.
Dans cette logique, le Québec devient non seulement moins stable, mais aussi moins attrayant pour les investisseurs, les professionnels et les familles qui cherchent un minimum de prévisibilité.
Repenser l’intervention — avant qu’elle ne s’effondre
Il est temps de réformer ce modèle d’intervention d’un autre siècle :
- ✅ Moderniser le Code du travail, pour permettre des ententes plus flexibles, tout en respectant les droits fondamentaux.
- 🤝 Créer un véritable espace de négociation permanente, avec médiation obligatoire pour éviter l’escalade.
- 🔁 Décentraliser certaines décisions, pour éviter que tout soit bloqué au sommet.
Un nouvel équilibre à inventer
L’État québécois ne peut plus jouer tous les rôles à la fois. Il doit redevenir facilitateur, pas dominateur. Les syndicats, eux aussi, doivent repenser leur rapport au pouvoir et à la pression sociale. Quant aux citoyens, ils méritent mieux que ce cycle éternel de promesses, blocages et solutions d’urgence.
Nous sommes arrivés au bout d’un modèle. Ce n’est pas une crise passagère. C’est un point de rupture. Et c’est maintenant que se joue l’après.
Et vous? Pensez-vous que le modèle québécois peut être réformé ou qu’il faut le reconstruire de zéro?