Tout est éphémère
Ce matin, en allant conduire ma fille à l’école, un accident est arrivé.
Un accident banal dans sa mécanique, irréversible dans ses conséquences. Notre chat est décédé.
Simba faisait partie de notre famille depuis six ans. Il n’était pas « juste un animal ». Il était le compagnon de ma fille, mon ami silencieux, celui qui occupait l’espace sans jamais le voler, celui qui nous faisait rire, parfois soupirer, parfois rager — mais qu’on aimait profondément.
Il suivait ma fille partout. Littéralement. Il acceptait les maladresses, les câlins trop longs, les confidences murmurées sans jamais se sauver. Il était là, toujours, comme un point d’ancrage discret dans son quotidien d’enfant.
Je pourrais écrire des pages entières sur ce qui le rendait unique. Sur ses habitudes, ses regards, sa façon de s’installer exactement là où il fallait être. Mais ce matin, les mots se heurtent à un mur beaucoup plus lourd.
L'annoncer à ma fille, sa meilleure amie, est de loin la partie la plus difficile. Je pense à des mots qui veulent dire que la vie, parfois, ne laisse aucune marge. Mais comment en faire du sens...
Les larmes ne sont pas encore sèches. Et pourtant, au milieu de ce chaos intérieur, une pensée s’impose avec une clarté brutale : tout est éphémère.
Absolument tout.
Le temps que nous passons en famille. La présence de ceux que nous aimons. Les routines qui nous rassurent. Les compagnons qui partagent notre quotidien sans jamais demander autre chose que d’être là.
L’accident n’est pas arrivé parce que j’étais pressé ou que je quittais la maison en fou. Mais chaque matin, je croise des parents qui semblent en retard, qui « rushent », qui prennent des chances au volant. On banalise ces gestes. On se dit que ça va passer. Que ça n’arrive qu’aux autres.
Ce matin, ça m’est arrivé à moi.
Et une pensée m’obsède depuis : si ça avait été un enfant, je ne crois pas que j’aurais pu passer au travers. Cette idée me glace. Elle me ramène à une humilité que seul un choc de cette nature peut imposer.
Je suis profondément affecté par cette histoire. Pas seulement par la perte, mais par ce qu’elle révèle de notre fragilité collective. De cette illusion de contrôle dans laquelle on vit. De cette croyance que demain est garanti.
En ce début d’année 2026, je nous souhaite collectivement quelque chose de beaucoup plus précieux que des résolutions ambitieuses ou des objectifs démesurés : la paix intérieure. Et surtout, du temps de qualité pour profiter de ce qui compte vraiment.
Moins d’informations.
Moins de notifications.
Moins de bruit.
Plus de présence.
Plus d’attention.
Plus de lenteur.
Parce qu’un matin ordinaire peut devenir un point de bascule. Et parce que tout ce que nous aimons mérite d’être vécu pleinement, tant que c’est encore là.