Élection 2026 : qui peut encore redresser le climat entrepreneurial du Québec?

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Chefs des principaux partis politiques du Québec réunis dans un montage sur l’élection provinciale de 2026.   11:36
Élection Québec 2026 : les chefs des principaux partis face aux défis économiques, à l’entrepreneuriat et au climat d’affaires québécois.

Le Québec offre possiblement l’un des environnements économiques, culturels et démographiques les plus difficiles pour démarrer et faire croître une entreprise.

C’est une affirmation sévère, j’en conviens. Mais à l’approche des élections provinciales du 5 octobre 2026, il devient urgent de regarder la situation en face. La pente est devenue tellement abrupte que je ne vois actuellement aucun parti ni aucun chef capable de la remonter rapidement.

Le problème ne se limite pas à une taxe, à un règlement ou à un programme gouvernemental mal conçu. Il est devenu systémique. Il touche simultanément la fiscalité, la réglementation, la démographie, la sécurité, la productivité, la consommation, l’accès au financement et, surtout, notre rapport collectif à l’entrepreneuriat.

À l'heure où la moitié des entrepreneurs Québécois ne recommandent pas de se lancer en affaires, le problème est bien réel.

Des entrepreneurs qui regardent ailleurs

La plupart des entrepreneurs que je côtoie cherchent maintenant comment développer davantage leurs activités aux États-Unis et le moins possible au Québec. Certains étudient la possibilité de déplacer leur propriété intellectuelle vers des territoires comme l’Irlande ou Chypre. D’autres sont déjà en discussion avec des syndics autorisés en insolvabilité.

Ce ne sont pas nécessairement de mauvais entrepreneurs. Plusieurs ont créé des emplois, investi leurs économies, payé des impôts et pris des risques pendant des années. Ils sont simplement épuisés.

Pendant que les États-Unis offrent un immense marché, une devise forte et un environnement généralement plus favorable à la croissance, le Québec donne trop souvent l’impression qu’une entreprise prospère est une anomalie qu’il faut surveiller, encadrer et éventuellement taxer davantage.

Cette perception est peut-être injuste dans certains cas, mais elle est bien réelle chez les gens qui doivent signer les chèques de paie.

Un climat de faillites : quand les manchettes mettent l’accent sur les fermetures et les pertes, au détriment de l’innovation et de la résilience.

Une culture qui tolère mal l’imperfection

Les mauvaises nouvelles éclipsent constamment les bonnes. Les réussites entrepreneuriales sont souvent accueillies avec suspicion, tandis que les échecs attirent rapidement les commentaires et les jugements.

Parallèlement, les consommateurs attendent d’une startup locale de deux employés le même service, la même vitesse d’exécution et la même disponibilité qu’une multinationale comme Amazon. À la moindre erreur, l’entreprise peut être criblée d’avis d’une étoile, menacée d’une plainte à l’Office de la protection du consommateur ou dénoncée publiquement avant même d’avoir eu la possibilité de corriger la situation.

Il ne s’agit pas de soustraire les entreprises à leurs responsabilités. Les consommateurs doivent être protégés, et les mauvais comportements doivent être sanctionnés. Mais il devrait aussi exister une certaine proportionnalité entre une erreur commise de bonne foi par une petite entreprise et une pratique véritablement abusive.

Une société qui ne tolère aucune imperfection de la part de ses jeunes entreprises finit par ne conserver que les géants qui peuvent absorber les erreurs, les poursuites, les plaintes et les coûts administratifs.

La bureaucratie commence avant la première vente

Avant même d’encaisser sa première vente, un entrepreneur québécois doit comprendre ou déléguer une quantité impressionnante d’obligations :

  • constitution et immatriculation au Registraire des entreprises;
  • déclarations de revenus fédérales et provinciales;
  • inscription, déclarations et remises de TPS et de TVQ;
  • déductions à la source;
  • production des T4, RL-1 et sommaires;
  • obligations liées à la CNESST, au RRQ, à l’assurance-emploi, au RQAP et au Fonds des services de santé;
  • registres corporatifs, tenue de livres et états financiers;
  • conservation des pièces justificatives;
  • licences et permis municipaux;
  • permis sectoriels en matière d’alimentation, de construction, d’alcool ou de transport;
  • taxes municipales et scolaires, selon la situation;
  • déclarations environnementales;
  • protection des renseignements personnels et conformité à la Loi 25;
  • obligations découlant de la Loi sur la protection du consommateur;
  • règles entourant la publicité et les représentations commerciales;
  • santé, sécurité et normes du travail;
  • attestations requises pour soumissionner à certains contrats publics;
  • exigences de l’Autorité des marchés publics et du SEAO;
  • conformité à l’Autorité des marchés financiers dans les secteurs réglementés;
  • obligations liées à la lutte contre le blanchiment d’argent dans certaines industries;
  • rapports de paie et déclarations statistiques sectorielles.

Chacune de ces obligations peut être parfaitement défendable lorsqu’elle est examinée isolément. Le problème apparaît lorsqu’on les additionne.

La véritable charge réglementaire ne correspond pas seulement aux taxes payées. Elle comprend aussi le temps consacré à comprendre les règles, à remplir des formulaires, à conserver des preuves, à répondre aux autorités et à payer des comptables, des avocats, des fiscalistes et des consultants.

Le gouvernement du Québec recense actuellement 23 ministères, auxquels s’ajoutent de nombreux organismes publics et sociétés d’État. Le nombre exact varie selon le périmètre retenu, mais la réalité quotidienne demeure la même : une entreprise peut être assujettie à une multitude d’autorités disposant de pouvoirs d’inspection, d’enquête ou de sanction.

Pensons notamment à Revenu Québec, à l’Agence du revenu du Canada, à la CNESST, à l’OPC, à l’OQLF, à la RACJ, à l’AMF, à la CCQ, à la CPTAQ et aux administrations municipales.

Une qualité de vie qui se fragilise

Le climat entrepreneurial dépend également de l’environnement dans lequel les entrepreneurs, leurs employés et leurs familles évoluent.

La détérioration du sentiment de sécurité, l’itinérance visible, les comportements agressifs sur les routes, la congestion, l’état des infrastructures et les délais d’accès aux services publics finissent par influencer les décisions d’investissement.

Un entrepreneur ne compare pas uniquement deux taux d’imposition. Il compare deux endroits où vivre, recruter, voyager, élever une famille et investir pour les vingt prochaines années.

Lorsque cette qualité de vie se dégrade en même temps que la pression fiscale et réglementaire augmente, la décision de regarder vers les États-Unis devient beaucoup plus facile à justifier.

Une campagne électorale qui doit parler de création de richesse

L’élection québécoise de 2026 a été déclenchée le 27 août et le scrutin aura lieu le 5 octobre. Au-delà des slogans, cette campagne devrait donc poser une question fondamentale : qui créera la richesse nécessaire pour financer les services que tous les partis promettent?

On ne peut pas durablement améliorer les soins de santé, l’éducation, les infrastructures et les programmes sociaux sans entreprises productives, exportatrices et rentables.

Pourtant, je ne vois encore personne proposer une réforme suffisamment ambitieuse pour changer véritablement la trajectoire.

Quelques crédits d’impôt additionnels ne suffiront pas. Un nouveau programme d’aide administré par une autre structure publique ne simplifiera pas nécessairement la vie des entrepreneurs. Ajouter une subvention pour compenser une partie du coût de la réglementation revient souvent à créer un autre formulaire à remplir.

Le Québec aurait plutôt besoin d’un véritable choc de simplification :

  • un guichet unique pour les obligations provinciales et fédérales;
  • une harmonisation réelle des déclarations fiscales;
  • une évaluation obligatoire du coût administratif de chaque nouveau règlement;
  • des clauses d’expiration obligeant à réévaluer périodiquement les règles;
  • des délais de réponse garantis de la part des organismes publics;
  • un accès simplifié aux contrats gouvernementaux pour les PME;
  • des mesures encourageant l’investissement, l’exportation et le maintien de la propriété intellectuelle au Québec;
  • une réforme de la fiscalité visant la croissance plutôt que la simple redistribution;
  • une réduction mesurable du nombre d’heures consacrées à la conformité.

La côte est devenue extrêmement difficile à remonter

Le prochain gouvernement héritera d’un problème qui s’est construit pendant des décennies. Il ne pourra pas le régler avec une campagne publicitaire, un crédit d’impôt temporaire ou une table de concertation supplémentaire.

La confiance entrepreneuriale prend des années à bâtir et quelques mois à détruire. Lorsqu’un entrepreneur déplace ses activités, ses clients ou sa propriété intellectuelle à l’étranger, il est très difficile de le convaincre de revenir.

C’est pourquoi la campagne de 2026 devrait être jugée sur une question simple : quel parti présente un plan crédible, chiffré et mesurable pour rendre le Québec plus accueillant envers ceux qui créent des entreprises, des emplois et de la richesse?

Pour le moment, je ne vois personne en mesure de remonter complètement cette pente.

J’aimerais sincèrement me tromper. Mais en attendant, de plus en plus d’entrepreneurs québécois continueront à consacrer leur énergie à trouver une porte de sortie plutôt qu’à bâtir ici.

Et c’est peut-être le signal économique le plus inquiétant de tous.

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