Mon parcours vers un premier demi-marathon
En mars dernier, j’ai tenté de courir quatre kilomètres. J’ai dû m’arrêter trois ou quatre fois. Mes poumons voulaient sortir de mon corps et chaque portion du parcours me rappelait brutalement que je n’étais pas un coureur.
Quelques mois plus tard, je viens de courir 17 kilomètres.
Entre ces deux sorties, quelque chose a profondément changé. Ce n’est pas seulement ma capacité à courir plus longtemps. C’est mon rapport à l’effort, à mon corps, à la discipline et même à mes journées. L’objectif initial était de courir un demi-marathon. À l’époque, parcourir 21,1 kilomètres sans m’arrêter me semblait relever de l’absurde. Aujourd’hui, cette distance est devenue réelle, mesurable et surtout accessible.
Mars : quatre kilomètres qui semblaient interminables
Ma première tentative n’avait rien d’élégant. Quatre kilomètres, plusieurs arrêts et l’impression que mon système respiratoire tentait de démissionner en plein parcours.
Ce n’était pas une course. C’était une négociation permanente avec mon corps : courir encore un peu, ralentir, reprendre mon souffle, repartir, puis m’arrêter de nouveau.
Cette sortie aurait facilement pu devenir la preuve que la course n’était tout simplement pas pour moi. Elle est plutôt devenue mon point de départ.
À ce moment-là, l’idée de courir 21,1 kilomètres sans interruption semblait complètement déraisonnable. Je n’avais ni l’endurance, ni l’expérience, ni la confiance nécessaire. J’avais seulement un objectif et la possibilité de recommencer le lendemain.
La progression ne s’est pas faite en une seule course
Il n’y a pas eu de séance miraculeuse. La progression est venue avec le temps, la répétition et les efforts quotidiens.
Courir régulièrement m’a appris que les changements importants sont souvent presque invisibles d’une journée à l’autre. Une sortie semble ordinaire. Le lendemain aussi. Puis, quelques semaines plus tard, une distance qui paraissait inaccessible devient un entraînement normal.
Le souffle s’améliore. Les jambes récupèrent plus rapidement. Le rythme devient plus naturel. Le corps cesse de résister à chaque foulée et commence enfin à collaborer.
Aujourd’hui, mes journées sans course ont peu de sens. Ce qui était initialement une contrainte est devenu un besoin. Courir structure mes journées, libère mon esprit et me donne une mesure très concrète de ma progression.
Ma première véritable course à Shediac
La Course des pinces, à Shediac, a représenté une étape importante : ma première vraie compétition et mon premier 5 kilomètres sous les 30 minutes.
J’ai terminé en 28 minutes et 7 secondes.

Avant le départ, j’étais stressé. Une compétition est différente d’un entraînement effectué seul. Il y a les autres participants, l’ambiance, le chronomètre et cette crainte de partir trop rapidement ou de ne pas être à la hauteur de ses propres attentes.
Une fois lancé, le stress a progressivement laissé place à la concentration. Mon défi principal était de respecter ma stratégie progressive et de ne pas succomber à la tentation d'accélérer pour faire respecter ma position.
Franchir la ligne d’arrivée sous les 30 minutes m’a procuré une immense fierté. Ce résultat confirmait que mes efforts commençaient à produire quelque chose de tangible.
Cette première expérience m’a également donné envie de recommencer. L’ambiance, le dépassement et la satisfaction à l’arrivée ont complètement changé ma perception des événements de course.
Aujourd’hui, avec la progression réalisée depuis, je crois pouvoir retrancher au moins trois minutes à ce premier chrono. Mais cette marque de 28:07 conservera toujours une valeur particulière : elle représente le moment où je me suis véritablement considéré comme quelqu’un qui court.
Dix-sept kilomètres sans arrêter
Ma dernière sortie de 17 kilomètres est celle qui me rapproche le plus concrètement de mon objectif.
Pour la première fois, le demi-marathon ne me semble plus être une abstraction. Il ne reste que 4,1 kilomètres à ajouter à une distance que je viens déjà de parcourir. Cela ne signifie pas que le défi est gagné, mais il ne relève certainement plus de l’absurde.
Le plus étonnant n’est pas seulement d’avoir couru 17 kilomètres. C’est le confort ressenti pendant la course. Je ne me suis jamais senti aussi à l’aise en courant. Mon corps comprend maintenant ce que je lui demande et mon esprit ne cherche plus constamment une raison d’arrêter.
Lorsque je compare cette sortie à ma tentative de quatre kilomètres en mars, la différence est presque difficile à croire. Ce sont pourtant les deux extrémités du même parcours.
Une transformation qui dépasse la course
La progression est aussi visible physiquement.
Lorsque je regarde une photo prise en mars et que je la compare à une photo récente, j’ai l’impression de voir deux personnes différentes. L’écart est tellement important que la première image semble presque avoir été modifiée.
J’ai perdu de la graisse, gagné du muscle et transformé ma composition corporelle. Mais les changements ne sont pas uniquement esthétiques. Mon bilan sanguin montre notamment une diminution de mon cholestérol LDL et une amélioration de plusieurs autres marqueurs de santé. Mon énergie, ma confiance et ma capacité d’effort ont également progressé.
Je ne prétends pas être arrivé au sommet de quoi que ce soit. Je constate simplement que je suis aujourd’hui une bien meilleure version de moi-même qu’en mars.
Cette transformation ne vient pas d’une solution spectaculaire. Elle découle d’une accumulation de décisions ordinaires : sortir courir, même lorsque l’envie est moins forte; accepter les entraînements difficiles; récupérer; recommencer; et comprendre que la constance est plus importante que la perfection.
Les 21,1 kilomètres sont maintenant à portée de course
Mon objectif demeure le même : terminer mon premier demi-marathon.
La différence, c’est qu’en mars, je devais croire aveuglément que cela serait peut-être possible. Aujourd’hui, j’en possède la preuve. J’ai couru 17 kilomètres, vécu ma première compétition et franchi mon premier 5 kilomètres en moins de 30 minutes.
Il reste du travail. Quatre kilomètres supplémentaires après en avoir déjà couru 17 ne seront pas gratuits. Je devrai continuer à améliorer mon endurance, gérer mon rythme et respecter mon corps pendant la préparation.
Mais je sais maintenant que je peux y arriver.
Ma première tentative de quatre kilomètres était horrible. Elle demeure pourtant l’une des sorties les plus importantes de mon parcours, parce que sans elle, il n’y aurait pas eu de premier 5 kilomètres, de chrono de 28:07, de Course des pinces ni de sortie de 17 kilomètres.
Il fallait accepter d’être mauvais avant de pouvoir devenir meilleur.
Le demi-marathon n’est plus une idée absurde. C’est simplement la prochaine distance à parcourir.